Certes l'Europe tire son nom d'un mythe antique et le récit de la nymphe enlevée par Zeus pourrait imposer l'idée d'une origine grecque de la civilisation européenne. Mais ce fait ne suffit pas à lui seul à établir la part hellénique de l'histoire européenne. On peut relever les multiples manifestations de la présence grecque dans la culture européenne. Elle couvre tous les domaines de la civilisation, de la littérature et des arts à certains idéaux politiques, comme la citoyenneté ou la démocratie. Mais c'est moins son inventaire qui importe ici que l'analyse du fait d'hériter, du lien qu'il instaure et de la communauté d'histoire qu'il institue. Les Grecs dont les Européens se réclament sont largement une part d'eux-mêmes, et les Grecs de l'Antiquité restent en fait inconnus ou résolument autres. L'héritage est à considérer plutôt comme un processus social d'origination – et non un fait historique relevant d'une vérité scientifique – par lequel l'homme se dote d'une histoire qu'il entend partager avec d'autres et contre d'autres. Et c'est ce phénomène dont l'histoire reste à faire.
Auteur : Farnoux (A.)
Magazine : Dossiers d'Archéologie n° 303 Page : 16-24
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