Dossiers d'Archéologie n° 225 du 01/07/1997
Numéro Double  
La Sicile
La Sicile est une terre de contrastes ethniques, naturels et surtout historiques. Elle fut tour à tour une province prospère du monde phénicien d’Occident ; une rivale de la Grèce ; une école de culture pour Rome puis un fleuron de son empire ; un prolongement brillant de l’Afrique par les mosaïques de Piazza Armerina comme par les palais et les jardins arabes ; un haut lieu des premiers temps chrétiens, du gothique et du baroque.
 
Principaux articles référencés pour ce numéro
 
La Sicile protohistorique Albanese Procelli (M.-R.) Pages 4-13

"La Sicile est une île". Cette phrase avec laquelle Moses Finley commence son "Histoire de la Sicile antique" rappelle combien la vie de cette région a été conditionnée, à toutes les époques, par son insularité. Une insularité qui ne signifie pas isolement, même si aujourd'hui les conditions historiques en font la frontière entre l'Europe communautaire et l'Afrique. Au contraire, la position géographique de la Sicile, au centre de la Méditerranée, point de passage obligé des voies commerciales entre l'Orient et l'Occident, détermine son caractère particulier d'"île carrefour", toujours ouverte aux peuples de tous horizons, dans un enchevêtrement complexe de relations, d'échanges, de conquêtes et d'abandons.
âge du Bronze Syracuse Pantalica Morgantina
 
Lipari et Pantalica : deux sites majeurs de la Sicile protohistorique Albanese Procelli (M.-R.) Pages 14-21
La Sicile protohistorique
Lipari est la plus grande des îles éoliennes situées au nord-est de la Sicile. On peut y voir une incroyable accumulation de ruines qui évoquent les grandes périodes de son histoire. Quant à Pantalica, son importance est telle qu'elle a donné son nom à toute la civilisation dite de Pantalica qui, du Bronze récent (1270-1050 av. J.-C.) au second âge du Fer (750-650 av. J.-C.) a marqué toute la Protohistoire sicilienne.
Castello de Lipari Pantalica Lipari acropole anaktoron
 
Les Phéniciens et les Puniques en Sicile Spanò Giammellaro (A.) Pages 22-32
La Sicile Phénico-punique
"Des Phéniciens également habitaient la Sicile : sur tout son pourtour, ils s'étaient ménagé, avec diverses hauteurs dominant la mer, les petites îles côtières, pour leur commerce avec les Sikèles ; mais , lorsque les Grecs, leur tour, se mirent à arriver en nombre, ils abandonnèrent la majeure partie de leurs positions et se contentèrent d'exploiter, en s'y concentrant, Motyé, Soloeis et Panorme au voisinage des Elymes, à la fois parce qu'ils se reposaient sur leur alliance avec ces Elymes, et parce que c'est de là que la traversée est la plus courte de Carthage en Sicile". C'est ainsi que Thucydide, historien grec du Ve siècle av. J.-C. rapporte dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse (VI, 2, 6), les périodes les plus anciennes de la présence phénicienne en Sicile, d'abord sous forme de relations commerciales, ensuite sous forme d'établissements stables.
colonisation Matyé Monte Adranone Eryx stèle de Lilybée
 
Les Grecs en Sicile : une aventure originale Collin Bouffier (S.) Pages 34-45
La Sicile grecque
L'installation des Grecs en Sicile n'est pas un phénomène isolé : une grande partie des rives septentrionales de la Méditerranée ainsi que la mer Noire accueillent à partir du VIIIe s. av. J.-C. des Hellènes d'horizons aussi divers que le Péloponnèse, les Cyclades ou l'Asie Mineure. Leur présence en Sicile et en Italie péninsulaire remonte à l'âge du Bronze, lorsque les Mycéniens s'arrêtaient sur leurs côtes pour les besoins du commerce. Mais le mouvement de l'époque achaïque voit l'occupation durable de l'île par les Grecs : des groupes organisés, officiellement envoyés par des communautés constituées ou en cours de formation, fondent des cités autonomes, qui prennent le nom d'apoikiai (les cités loin de la maison).
Himère Lipari Syracuse Ségeste
 
Sélinonte à la frontière punique Collin Bouffier (S.) Pages 46-55
La Sicile grecque
La colonie grecque de Sélinonte joue un rôle particulier du fait de sa position géographique : à la limite entre les zones punique et grecque, elle apparaît comme l'avant-poste de l'hellénisme en Sicile occidentale, faisant ainsi pendant à Himère, située sur la côte septentrionale de l'île. Pendant les deux premiers siècles de son existence, elle entretient de bons rapports avec les Pénico-Puniques, mais en 409-408, Hannibal se lance à la conquête de la zone grecque et détruit l'alliée d'hier après un siège acharné.
Mégariens acropole temple sculpture Mégara Hyblaea
 
Syracyse, "l'illustre" Collin Bouffier (S.) Pages 58-63
La Sicile grecque
L'installation des Grecs Développement de Syracuse sous Gélon Le château Euryale
théâtre Apollonion temple
 
Agrigente, "sainte résidence au bord du fleuve" Collin Bouffier (S.) Pages 64-67
La Sicile grecque
On aimerait en savoir davantage sur celle que Pindare appelait "la plus belle cité des vivants" (12e Pythique, 1). Les voyageurs s'y sont rendus en foule aux XVIIe et XVIIIe s. On y a réalisé un certain nombre d'anastyloses qui attirent les touristes : temple de "Junon Lacinia" ; façade du temple de "la Concorde" ; temple "des Dioscures" ; temple "d'Hercule" (toutes les attributions de ces temples sont fantaisistes). Entre 1925 et 1932, les fouilles intenses de P. Marconi ont dégagé la plus grande partie de ce qu'il est permis de voir aujourd'hui. Ensuite, avec la création de la Surintendance d'Agrigente, on a privilégié la mise en valeur du site, en délimitant le parc archéologique à défendre, en créant un nouveau Musée national archéologique ; la recherche scientifique proprement dite ne progresse guère actuellement.
église temple
 
Histoire sociale de la Sicile du IIe s. av. au IVe s. ap. J.-C. Di Stefano (G.) Pages 68-75
Esclaves et maîtres
On peut dire que la recherche a avancé d'un grand pas lorsqu'on a commencé à considérer que l'histoire économique et sociale de la Sicile antique faisait partie intégrante de l'histoire générale. Notre intention est de présenter ici une synthèse des deux processus, souvent écartés du discours politico-institutionnel, qui se sont développés au niveau des structures agraires et commerciales. L'archéologie devrait avant tout s'efforcer de s'approcher au plus près de la reconstitution socio-économique des événements siciliens de l'époque romaine afin de conjuguer les temps forts et les temps morts par une étroite collaboration avec l'histoire sociale et économique.
Deuxième guerre punique Cicéron Caius Verrès Auguste
 
Hommes, cités et campagne en Sicile romaine Di Stefano (G.) Pages 76-85
La Sicile romaine
L'arrivée des Romains en Sicile, après la Première Guerre punique (264-241 av. J.-C.), met un terme aux guerres que se livraient, depuis des siècles, Grecs et Carthaginois. En Sicile, comme partout où ils se sont installés, les nouveaux conquérants implatent un système routier efficace à des fins militaires et économiques qui relie entre elles de nombreuses villes dotées de monuments publics typiquement romains (amphithéâtres, thermes…) qui s'ajouteront à ceux de l'époque grecque. Quant aux campagnes, elles connaîtront une lente évolution qui les mènera des petites fermes républicaines pratiquant la pluriculture aux vastes latifundia quasi industrielles de l'Antiquité tardive.
Solunte théâtre romain Syracuse Taormine Tyndaris Agrigente
 
La Sicile paléochrétienne Griesheimer (M.) Pages 86-97

L'instabilité politique, qui marque les derniers siècles de l'empire romain, eut pour conséquence indirecte de sortir la Sicile d'une longue période de marginalité politique. En effet, depuis la conquête romaine, la grande île n'avait guère été qu'une simple zone d'approvisionnement de l'Urbs, un temps essentielle d'ailleurs, puis secondaire après la conquête de l'Égypte. A la fin de l'Antiquité, elle retrouve des fonctions économiques de premier plan, et parfois une importance stratégique au cœur d'un bassin méditerranéen en pleines mutations.
mausolées menorah épitaphe mosaïque decumanus lampe
 
Les catacombes de Syracuse Griesheimer (M.) Pages 98-109
La Sicile paléochrétienne
Au milieu du XVIe s., les premiers érudits qui s'aventurent dans les galeries catacombales du sous-sol de Syracuse sont surpris par leur largeur et admiratifs devant l'ampleur des chambres sépulcrales : instar urbis excauatae, c'est ainsi que les voyait, par exemple, le dominicain Tommazo Fazello. Malgré l'accumulation des terres qui interrompait alors les galeries et occultait les niveaux antiques, des érudits, des curieux, bientôt des aristocrates-voyageurs, fascinés par cet univers souterrain, le décrivent et s'interrogent aussi sur les auteurs de tels ouvrages, dont ils attribuent souvent la paternité aux Grecs des siècles classiques ; les signes chrétiens, peints ou tracés sur les parois catacombales, ne témoignant tout au plus que de réoccupations ponctuelles et misérables. Ce n'est qu'avec le début de l'exploration méthodique des catacombes de Syracuse par Paolo Orsi, à partir de 1889, que s'imposa définitivement l'origine paléochrétienne de ces cimetières souterrains.
dépôts monétaires acrosolium inscriptions
 
La villa de Piazza Armerina Griesheimer (M.) Pages 110-117
La Sicile paléochrétienne
Au cœur de la Sicile, sur le versant d'un vallon verdoyant, à 5 km au sud-ouest de Piazza Armerina, se trouvent les vestiges d'une somptueuse villa de la fin de l'Antiquité. Ce site était déjà connu à la fin du XIXe s., mais ce n'est qu'à partir des années cinquante que plusieurs compagnes de fouilles, un peu hâtives parfois, ont permis de dégager près d'un hectare et demi de constructions dont les sols, principalement couverts de mosaïques, ont passionné les spécialistes et suscitent toujours l'émerveillement des visiteurs.
péristyle basilique appartements mosaïques
 
La Sicile arabe et normande Pesez (J.-M.) Pages 118-129
La Sicile médiévale
Au Moyen Age, la Sicile a subi plusieurs invasions et dominations étrangères : deux d'entre elles ont puissamment contribué à façonner sa culture et à construire ses paysages : au IXe s. l'invasion venue du Maghreb qui a, pour deux siècles, intégré la Sicile au monde musulman, au XIe s. la conquête normande qui a instauré dans l'île le système féodal. Malgré la brutalité de celui-ci, l'imprégnation islamique a mis très longtemps à s'effacer, de sorte qu'on est fondé à parler d'une civilisation arabo-normande jusqu'au XIIIe s.
la Zisa bains de Cefala dénéraux chapelle palatine de Palerme mosaïque guerres sarrasines Segeste
 
Calathamet Pesez (J.-M.) Pages 130-133
La Sicile médiévale
Les fouilles de l'École française de Rome et de l'École des Hautes études en sciences sociales, conduites entre 1979 et 1989, ont mis en évidence sur le site de Ponte Bagni, près de Calatafimi, les vestiges du bourg médiéval de Calathamet, pour l'essentiel un château normand dominant un village arabe.
zone castrale donjon église
 
La céramique médiévale en Sicile du Xe au XIIIe s. Pesez (J.-M.) Pages 134-137
La Sicile médiévale
La céramique médiévale en Sicile est riche de la grande variété de ses formes et de l'éclat de ses décors. Longtemps pourtant elle a été méprisée des archéologues classiques qui ne mettaient rien au-dessus de la céramique grecque. Récemment encore, le grand archéologue de l'Italie romaine, Andréa Carandini, a eu le plus grand mal à empêcher la totale destruction du mobilier provenant d'un établissement médiéval, un atelier de potier notamment, qui avait eu la mauvaise chance de s'installer à l'emplacement de la fameuse villa des mosaïques de Piazza Armerina.
poteries
 
La Sicile Les Coptes

 
Sommaire dossiers-archeologie.
 
Dossiers d'Archéologie n° 225 est un magazine des Editions FATON.