![]() |
Dossiers d'Archéologie n° 236 du 01/09/1998 Numéro Normal Les manuscrits de Nag Hammadi On mesure encore mal l’importance que revêt la mise au jour des manuscrits de Nag Hammadi. C’est tout l’intérêt de ce Dossier d’Archéologie que d’en montrer, sous la plume des meilleurs spécialistes du sujet, toute l’ampleur. Survenue en 1945 en Haute Egypte, cette découverte de treize volumes, appelés codices, renfermant quelque cinquante-six traités coptes, pour la plupart gnostiques, est avec celle des manuscrits de la mer Morte en 1947, l’une des plus grandes découvertes du XXe siècle en matière de texte ancien. |
| Principaux articles référencés pour ce numéro |
||
| La découverte gnostique de Nag Hammadi | Dubois (J.-D.) | Pages 6-9 |
On s’accorde aujourd’hui à dater de décembre 1945 la découverte d’un lot d’une cinquantaine de textes, conservés en copte sur papyrus, près du village de Nag Hammadi, en Haute Egypte. La date exacte et l’emplacement précis de la découverte ont fait l’objet de nombreuses discussions. Toujours est-il que l’existence de ces manuscrits antiques est attestée dès l’été 1946 par la venue d’un lot au Musée Copte du Caire, du temps où Togo Mina était le directeur. Le Codex III qui contenait l’Apocryphe de Jean avait été acheté à un antiquaire du Caire par E. Drioton, alors directeur général du Service des antiquités, pour le compte du Musée Copte. C’est ainsi que la nouvelle de la découverte s’est répandue autour de l’Institut Français d’Archéologie Orientale, au Caire. Certains manuscrits ont été montrés à F. Daumas, Henry Corbin, A. Guillaumont puis en 1947 à Jean Doresse. Egypte, manuscrits, gnose |
||
| Les manuscrits de Nag Hammadi | Pasquier (A.) | Pages 10-17 |
| L'apport à la papyrologie et à la codicologie L’étude des manuscrits anciens est d’une extrême complexité car outre l’examen du texte proprement dit, ce que les historiens nomment la critique interne du document, le chercheur – en l’occurrence le papyrologue – doit aussi s’intéresser de très près au support du texte. On verra dans les lignes qui suivent combien cet examen est fondamental et riche d’information. Egypte, codices, bibliothèque, déchiffrement |
||
| Les grands courants gnostiques des IIe-IIIe siècles | Dubois (J.-D.) | Pages 18-19 |
Il est difficile de se faire une idée précise de la naissance des courants gnostiques, et encore plus de l’histoire de ces courants au cours des premiers siècles, à cause des lacunes de la documentation. Les Pères de l’Eglise qui se sont battus contre les gnostiques les présentent comme faisant irruption vers la fin du Ier s. et prenant une véritable ampleur vers le milieu du IIe s., tout autour du Bassin méditerranéen. Or, jusqu’au XXe s., l’essentiel de la documentation sur les gnostiques émanaient surtout de leurs adversaires ; c’est ainsi que sous ce vocable sont regroupés des tendances et des mouvements qui, bien que contemporains des gnostiques, n’ont pas grand chose en commun avec eux. Egypte, Valentin, Basilide, Carpocrate, séthiens, gnose |
||
| Nag Hammadi dans l'histoire de la philosophie | Tardieu (M.) | Pages 20-23 |
Un ancêtre philosophe se cacherait-il derrière chaque gnostique ? Les Pères de l’Eglise le pensaient. S’ils considèrent volontiers – et à bon droit – Platon et le platonisme comme ce qui a nourri la pensée de Valentin et de ses disciples, ils établissent aussi de bien curieuses filiations : Aristote aurait inspiré Basilide, et Empédocle Marcion ! La diversité des doctrines gnostiques s’expliquait, croyait-on, par la prolifération des Ecoles philosophiques. Qu’il y ait un air de famille entre gnostiques et philosophes, l’idée est toujours présente dans les études phénoménologiques du XXe siècle. Ce qu’elles cherchèrent à comprendre fut l’unité du gnosticisme, plutôt que sa diversité. Comme le montre par exemple, à partir de 1934, l’œuvre de Hans Jonas, elles crurent pouvoir rendre compte de cet air de famille commun aux gnostiques et aux philosophies de l’époque en en faisant l’expression de ce que Hegel à la fin de sa Phénoménologie de l’Esprit appelle la “conscience malheureuse”. Egypte, gnostique, philosophe, Zoroastre, manuscrits |
||
| Ils leur enseignèrent les charmes et les incantations | Scopello (M) | Pages 24-41 |
| Courants intellectuels de la fin de l'Antiquité Aux premiers siècles de notre ère, à l’intérieur des frontières de l’empire romain, les grandes métropoles, Rome, Antioche, Alexandrie, grouillent de ferments intellectuels divers. Point de rencontre de races et de théories de provenances les plus variées, c’est dans ces villes que l’on élabore de nouvelles constructions intellectuelles afin de proposer des solutions au problème de l’homme, du monde et de Dieu. Gnosticisme, Egypte, judaïsme, tromperie des anges, spiritualité, exégèse |
||
| Organisatin communautaire et pratiques rituelles | Trautmann (C.) | Pages 42-49 |
La question traditionnelle que s’est posée le gnostique sur son origine, sa destinée et les raisons de sa présence ici-bas, sa condamnation sans réserve du monde et de ses lois, de l’humanité même, ont donné de lui le portrait d’un homme angoissé que le déracinement et le sentiment d’aliénation caractérisent. Les notices des Pères de l’Eglise sur les sectes gnostiques corroborées aujourd’hui par les traités de Nag Hammadi, permettent de reconstituer une anthropologie gnostique marquée par un individualisme pessimiste. Le gnostique cherche son salut en lui-même puisque la société dans laquelle il vit y compris les différentes religions traditionnelles, n’y pourvoient pas. Tous les aspects de l’anthropologie gnostique ont été minutieusement analysés par H.-C. Puech qui qualifie la démarche gnostique d’essentiellement égocentrique. Cette analyse se vérifie aisément au fil de la lecture des textes qui présentent la création du monde et sa dissolution dans des catégories psychologiques. Ainsi l’Evangile de Vérité place à l’orée des temps l’angoisse et la crainte qui, par effet de concentration, donnent naissance à la matière. L’issue salutaire pour l’homme est son affranchissement de la matière qui l’englue et l’aveugle, sous la forme de son corps, des liens familiaux qui l’attachent au monde, des doctrines fallacieuses. Egypte, manuscrits, règles, rituel |
||
| La gnose selon Clément d'Alexandrie | Le Boulluec (A.) | Pages 50-53 |
L’originalité de Clément, dans l’histoire des relations entre les courants gnostiques et l’Eglise, est de vouloir lui-même élaborer une “gnose” capable de relever le défi des “spirituels”, dont l’influence était particulièrement vivace à Alexandrie. Comme Irénée de Lyon avant lui, il fait œuvre d’hérésiologue en les dénonçant comme hétérodoxes et en combattant leurs doctrines, mais il prétend, à la différence de son devancier, affronter les questions qu’Irénée reprochait à ses adversaires de poser, comme échappant à la prise de l’homme, et il le fait en nommant “gnostique” le chrétien parfait. Egypte, manuscrit, hérésie, |
||
| Apocalyptique | Rosenstiehl (J.-M.) | Pages 54-59 |
Apocalupsis signifie en grec “révélation”. Le terme a été employé pour désigner une série d’œuvres dont la plus célèbre est sans doute l’Apocalypse de saint Jean (le livre qui clôt le Nouveau Testament). Regroupées au sein d’un genre littéraire appelé “apocalyptique”, elles prétendent révéler les secrets concernant Dieu et l’avenir, notamment la “fin des temps”, à travers le récit d’un voyage, de visions, de rêves ou d’interprétations symboliques. Le plus souvent, pour augmenter la portée de l’œuvre, elles sont placées sous le patronage d’une figure éminente. Egypte, manuscrit, Apocalypse, Paul, Jérusalem |
||
| De Thot à Trismégiste | Mahé (J.-P.) | Pages 60-69 |
| L'hermétisme à Nag Hammadi Avec Homère et Orphée, Hermès Trismégiste appartient au club très fermé des poètes imaginaires. Son existence historique est insoutenable, son œuvre, apocryphe, les auteurs qui se cachent sous son masque, tout à fait inconnus. Et pourtant, l’idée qu’il incarne est parfaitement claire : c’est la conviction que l’homme n’a pas entièrement perdu la gloire du paradis ; l’espoir qu’il peut trouver, dans sa mémoire et dans celle de ses ancêtres, dans le passé du genre humain, et dans l’espace inexploré de son univers intérieur, la force de remonter au temps des origines, lorsqu’Adam sortit de la main de Dieu, tout empreint de la ressemblance et de la science parfaite du Créateur. Egypte, manuscrit, astrologie, alchimie, magie, philosophie, codex, Hermès |
||
| Le dossier des femmes dans le gnosticisme | Scopello (M.) | Pages 70-77 |
Les Pères de l’Eglise, dans leurs réfutations contre les doctrines des gnostiques, sont généralement avares en informations factuelles sur le mode de vie de ceux-ci et sur l’organisation de leurs communautés. Toutefois une lecture attentive de ces documents peut fournir des éléments à ce sujet. Au détour de l’exposé d’une théorie, on peut en effet glaner des informations sur la place des gnostiques dans la société de leur temps, sur leur façon de faire de la propagande, et aussi – et c’est le point qui nous intéresse ici – sur le rôle des femmes dans leurs sectes. On est évidemment confronté à des renseignements polémiques, toujours malveillants et parfois faux : on ne peut demander à des adversaires en religion l’impartialité et l’objectivité, compte tenu surtout du fait que les gnostiques représentaient, à l’époque des grandes controverses patristiques, un ennemi redoutable pour la Grande Eglise. Néanmoins, une fois privées de leur gangue polémique, ces informations peuvent se révéler de quelque utilité. Egypte, Nag Hammadi, hérésie, Clément d'Alexandrie, Tertullien, muses, |
||
| L'évangile de Thomas | Dubois (J.-D.) | Pages 78-81 |
Parmi les documents de Nag Hammadi, le texte de l’Evangile de Thomas a suscité le plus d’intérêt et de travaux de la part des chercheurs et du grand public. Ce texte apocryphe rapporte de manière originale une collection de 114 paroles attribuées à Jésus(1), dont une bonne partie se retrouve dans les évangiles canoniques, particulièrement dans les passages parallèles entre l’évangile de Matthieu et de Luc. A l’heure actuelle, aucun consensus ne permet de trancher définitivement la question de savoir si les paroles attestées par l’Evangile de Thomas proviennent des évangiles canoniques ou si les évangiles canoniques ont puisé à cette source de paroles attribuées à Jésus. Néanmoins, après un demi-siècle de recherches, quelques points forts se dégagent de la multiplicité des travaux, et méritent d’être soulignés. Egypte, Nag Hammadi, |
||
| La figure de Thomas dans la littérature antique | Poirier (H.) | Pages 82-85 |
Si l’apôtre Thomas est encore présent dans la mémoire chrétienne et dans la culture de nos contemporains, c’est en raison d’un épisode évangélique dont il est l’acteur central et qui a puissamment contribué à camper sa figure, à savoir son obstination, à l’annonce de la résurrection, à ne pas croire sans avoir vu et sa rencontre avec le Christ ressuscité lui apparaissant pour dissiper son doute (Jean 20, 24-29). Cet épisode évangélique a connu un retentissement considérable, que ce soit dans l’art, la littérature ou la prédication chrétienne, et le nom de Thomas est paradoxalement devenu à la fois synonyme d’incrédulité ou de scepticisme et modèle pour les croyants. Egypte, christianisme |
||
| Les manuscrits de Nag Hammadi | Les villes et leurs faubourgs en Gaule romaine |