Dossiers d'Archéologie n° 297 du 01/10/2004
Numéro Normal  
Saint-Denis de sainte Geneviève à Suger
La recherche archéologique a trouvé à Saint-Denis une terre d’élection. L’existence de la nécropole mérovingienne sous l’actuelle basilique cathédrale est reconnue dès le XIXe siècle et les premières découvertes sont étroitement liées aux travaux de restauration de l’ancienne église abbatiale. La première fouille d’importance est effectuée en 1859 par Eugène Viollet-le-Duc qui est chargé d’établir sous le maître-autel une crypte destinée à accueillir la sépulture de Bonaparte. L’architecte met au jour plusieurs sarcophages renfermant des “fragments d’étoffe de laine, du fil d’or, quelques grains d’ambre jaune, de menus objets […] tels qu’anneaux de cuivre, agrafes, plaques de ceinturon”. Il faut ensuite attendre le XXe siècle pour que le site fasse l’objet de recherches dans une perspective plus scientifique. C'est à l'occasion de l'exposition "Basilique secrète, trésors archéologiques de Saint-Denis", que les Dossiers d'Archéologie vous présentent le bilan des découvertes réalisées lors des fouilles de la basilique.
 
Principaux articles référencés pour ce numéro
 
Les premiers temps de Saint-Denis Van Ossel (P.) Pages 6-13

L’histoire ancienne de Saint-Denis est indissolublement liée à sainte Geneviève et à l’oratoire qu’elle fit bâtir au-dessus de la tombe du martyr Denis, enterré deux siècles plus tôt au point le plus élevé d’une légère éminence dominant les fonds marécageux du Rouillon et du ru de Montfort. Cet événement, que la critique moderne invite à placer vers 451-457 ou vers 475 de notre ère, est considéré traditionnellement comme le point de départ de l’histoire du site qui, de lieu de mémoire isolé, devint progressivement l’une des plus importantes abbayes de la chrétienté, puis une ville animée et toujours aussi dynamique en ce début du IIIe millénaire.
Antiquité tardive, monnaies, épingles en os, sépultures, vaisselle, sarcophages, fibules, crypte
 
La nécropole mérovingienne de la basilique de Saint-Denis Vallet (F.) et Périn (P.) Pages 20-33

Grâce aux fouilles qui ont été effectuées depuis 1973 au nord de la basilique de Saint-Denis, il est aujourd’hui permis de replacer dans un plus vaste contexte les tombes mérovingiennes progressivement mises au jour dans le sous-sol du sanctuaire par E. Viollet-le-Duc (1859), E. Salin (1953-1954 et 1957) et M. Fleury (de 1957 à 1976). En effet, contrairement aux apparences, la nécropole de la basilique, même si elle a attiré de nombreuses tombes privilégiées ad sanctos en raison de la présence du tombeau de saint Denis, n’a pas été pour autant l’épicentre unique de la vaste aire funéraire désormais reconnue. Ainsi, comme le montrent à l’évidence les fouilles menées par l’Unité d’Archéologie de la Ville de Saint-Denis, le champ de sépultures, apparemment continu, offrait d’autres centres de gravité, notamment marqués par les deux églises Saint-Barthélemy et Saint-Pierre qui, dès les années 600 au moins, fermaient l’aire funéraire à une cinquantaine de mètres au nord-est.
sacrophage, croix, bijoux, plaque-boucle, reine Arégonde, fibule, bague
 
La nécropole du haut Moyen Âge et son cadre architectural Périn (P.) et Wyss (M.) Pages 38-49

Avec l’édification d’un mausolée sur la tombe de Denis débute l’histoire monumentale du site. Elle montre comment, aux abords de l’actuelle cathédrale, un groupement spectaculaire d’églises paroissiales a pu se constituer à partir d’églises funéraires.
église mérovingienne, décor, chapiteaux, enduit, fibule, mobilier funéraire, décor carolingien
 
Les pierres de construction Gély (J.-P.) Pages 58-62

Les pierres de construction de la basilique portent directement témoignage des choix effectués par les maîtres d’œuvre, et en premier par Suger qui trouva la pierre d’exception nécessaire à la naissance de l’art gothique.
basilique mérovingienne, temps modernes, carrière
 
Saint-Denis avant Suger Grosse (R.) Pages 64-69
Le pape, le roi, l'évêque et la noblesse
On oublie trop souvent que Saint-Denis ne fut pas seulement exposé à l’influence du roi mais aussi à celle de la noblesse, notamment des comtes de Vexin. Lorsque l’évêque de Paris profita de cette constellation pour mettre en cause les libertés du monastère, un synode romain trancha le conflit en faveur des moines. L’alliance de Saint-Denis avec les Capétiens fut scellée, au début du XIIe siècle, par l’abbé Adam. C’est à tort que ce dernier resta dans l’ombre de son successeur Suger.
Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, comte de Véxin, abbé Adam
 
Les travaux de l'abbé Suger à l'abbaye de Saint-Denis Erlande-Brandenburg (A.) Pages 74-79

Suger s’est imposé de s’exprimer à plusieurs reprises sur l’action qu’il avait menée à Saint-Denis. Il est ainsi possible de connaître avec une certaine précision les entreprises dont il rêva d’abord et qu’il réalisa ensuite lorsqu’il fut élu, en 1122, à la tête de la célèbre abbaye.
architecture romaine, crypte, déambulatoire, abbatiale, statue, chevet
 
Le cloître médiéval Wyss (M.) Pages 84-92

Entre 1998 et 2002, une série de travaux a pu être mise à profit pour effectuer des sondages archéologiques au sud de la cathédrale et dans l’emprise de l’ancien monastère, actuelle Maison d’éducation de la Légion d’honneur. Ces investigations ont pleinement confirmé le potentiel de cette réserve archéologique que constitue le site de l’abbaye médiévale.
cloître gothique, portail sud, cloître roman, dortoir, réfectoire
 
Objets archéologiques Meyer Rodrigues (N.) Pages 94-101
Témoins d'un qualité de vie urbaine
Le mobilier archéologique découvert à Saint-Denis se caractérise par sa quantité – plus de 40 000 “objets isolés” recensés – et la variété des matériaux qui le composent. Certaines pièces se distinguent du lot par leur qualité d’exécution ou leur rareté ; elles témoignent, à elles seules de la prospérité du site au Moyen Âge, de son ouverture au monde et d’une certaine qualité de vie urbaine.
tessons, verre, bonnet, poteries, cruche, salière, pichet, tasses, hanap
 
Les travaux et les jours à Saint-Denis Billot (C.) Pages 102-107

En 1411, la restauration économique entreprise depuis 1380, date de l’arrêt de la première phase de la Guerre de Cent Ans, s’achève. L’abbé Philippe de Villette fait rassembler dans un cartulaire dénommé le “Livre vert de Saint-Denis” les actes indispensables à la bonne gestion et à la perception des revenus de son établissement. L’abbaye y apparaît comme omniprésente et omnipotente dans toutes les activités du bourg. La confrontation de ces textes normatifs avec le résultat des fouilles permet de juger de leur efficacité.
agriculture, cellier, tablette à écrire, moule bivalve, four de potier, commerce, miniatures, sceaux
 
Enseignes de pèlerinage Meyer Rodrigues (N.) Pages 111-113

Dès le haut Moyen Âge, la tombe des trois martyrs donna naissance à un pèlerinage comme en témoigne la crypte de la basilique carolingienne dont les couloirs annulaires permettaient aux fidèles de descendre dans un oratoire situé sous le maître-autel pour prier devant les reliques vénérées. Le rayonnement de ce culte se laisse également mesurer aux trois livres des “Miracles de saint Denis”, composés par un moine de l’abbaye carolingienne. Au XIIIe siècle s’y ajoute le pèlerinage sur la tombe de Louis IX décrit par Guillaume de Saint-Pathus dans les “Miracles de saint Louis”. Ainsi, durant le Moyen Âge, Saint-Denis accueille nombre de pèlerins dont les enseignes, découvertes en fouille étaient destinées à identifier leur passage sur les lieux saints. Ces petits objets de piété étaient cousus, ou épinglés, sur les vêtements, les chapeaux ou accrochés au bourdon, le long bâton du pèlerin.
buste reliquaire, crucifixion, Saint-Jacques-de-Compostelle
 
Saint-Denis de sainte Geneviève à Suger Pharaon

 
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Dossiers d'Archéologie n° 297 est un magazine des Editions FATON.