Dossiers d'Archéologie n° 279 du 01/12/2002
Numéro Double  
Saint Luc, évangéliste et historien
C'est sous un titre quelque peu provocateur que ce Dossier d'Archéologie regroupe une série de contributions rédigées par des spécialistes du Nouveau Testament – exégètes, historiens et archéologues. En effet, associer le terme d'évangéliste à celui d'historien peut surprendre car, durant des siècles, les écrits évangéliques furent considérés comme des œuvres théologiques sans fondements historiques. Dès lors, pourquoi un numéro spécial sur saint Luc ? Tout simplement parce qu'il est le seul des quatre évangélistes à avoir voulu faire œuvre d'historien. Mais cette prétention ne suffit pas. Grâce à l'apport de l'histoire, de l'archéologie, de l'épigraphie, de la codicologie, les spécialistes se rendent compte aujourd'hui que l'ambition de saint Luc était bien réelle et justifiée.
 
Principaux articles référencés pour ce numéro
 
Luc, un portrait d'auteur Marguerat (D.) Pages 4-11
Qui était Luc ?
Qui est Luc ? Qui est cet auteur que, par convention, nous appelons “Luc” ? Il ne dit presque rien de lui. Conformément à la tradition biblique, il s'efface derrière la parole qu'il déploie et ne livre pas son nom. À deux reprises, pourtant, il laisse affleurer son “je”, dans le prologue à son œuvre où il expose le motif qui le pousse à écrire (Luc 1, 1-4). Ces quelques versets, d'une langue châtiée, au style élégant, signalent un auteur de grande culture ; son éducation, à mon avis, a dû comprendre aussi bien la rhétorique grecque que l'exégèse juive.
saint Luc, Théophile, historien, Jérusalem, Rome, évangéliste, Nouveau Testament, christianisme universel
 
Le premier historien du christianisme Marguerat (D.) Pages 12-21
Luc historien
Le geste de Luc, personne ne le répétera après lui. On connaît, entre le Ier et le IIIe siècle, de nombreux auteurs d'évangile : plus de quatre, si l'on tient compte des évangiles apocryphes (Évangile selon Thomas, Évangile de Pierre, Évangile des Hébreux, etc.). On connaît également, toujours de la même période, plusieurs “actes d'apôtre” (Actes de Paul, Actes de Jean, Actes d'André). Mais personne, dans l'Antiquité, ne renouvellera le geste de Luc : écrire, à la suite de la biographie de Jésus, l'histoire de ses premiers disciples.
historien, saint Luc, l'écriture de l'histoire
 
La transmission du texte de Luc-Actes dans l'Antiquité Dupont-Roc (R.) Pages 22-33
Transmission du texte
Comme l'ensemble du Nouveau Testament, le texte de l'évangile de Luc et celui des Actes des Apôtres nous ont été transmis dans des conditions exceptionnelles : le nombre des témoins manuscrits, plus ou moins fragmentaires, est de plusieurs milliers, et les plus anciens remontent à la fin du IIe siècle. De plus le texte de Luc-Actes offre un lieu privilégié pour distinguer les grandes traditions textuelles qui se sont cristallisées au IVe siècle dans différents centres de la chrétienté, et peut-être pour remonter au-delà. La présence notamment de “deux textes” des Actes des Apôtres ouvre des perspectives remarquables sur l'histoire de la formation des écrits du Nouveau Testament.
Évangile de Luc, Actes des Apôtres, codex de Bèze, codex Vaticanus, codex Sinaïticus, codex Alexandrinus
 
Le codex de Bèze L. Mullen (R.) Pages 34-43
Un témoin d'une version antérieure
À l'heure actuelle, le Codex de Bèze comporte 406 folios d'environ 22 cm sur 26, rassemblés en deux volumes. Lorsqu'il en ouvre un, le lecteur voit une colonne de texte grec sur la page de gauche et son correspondant en latin sur la page de droite. Le codex est le plus ancien témoin grec raisonnablement complet du texte “occidental” des Évangiles et des Actes, l'un des principaux textes-outils courants au IIe siècle de l'ère chrétienne. Cependant, les origines de ce manuscrit rendent les paléographes et les spécialistes des textes quelque peu perplexes.
codex de Bèze, Actes des Apôtres, Évangile de Luc
 
Les Actes dans le codex de Bèze Read-Heimerdinger (J.) Pages 44-55
Leur intérêt et leur valeur
Parmi les quelque 600 manuscrits grecs des Actes des Apôtres qui nous sont parvenus, il en existe un dont le texte est différent de tout autre : c'est le Codex de Bèze. Bien que suivant le même schéma narratif, il présente un étonnant portrait des premiers dirigeants de l'Église qui est, à première vue, déroutant. En quoi consiste-il et quel fut le but de son auteur en l'écrivant ? Nous proposons quelques réponses par ce bref aperçu d'un document indispensable pour une meilleure compréhension de l'Église primitive.
codex de Bèze, Actes des Apôtres, codex Vaticanus, Théodore de Bèze, Paul, Jérusalem
 
Une lecture différente de l'œuvre de Luc Rius-Camps (J.) Pages 56-63
codex de Bèze
Dans le présent article, trois thèmes appartenant à l’œuvre de Luc (Évangile et Actes des Apôtres), sont examinés à travers le Codex de Bèze, un oncial bilingue dont l’archétype remonte au moins au IIe siècle. Le premier thème abordé est le reniement partiel de Pierre face à l’appel de Jésus à le suivre (Lc 5, 1-11) ; le second, l’institution de l’Eucharistie sous une seule espèce, le pain (22, 19a) ; le troisième est le long cheminement par lequel Pierre dut passer en vue de sa pleine conversion (Lc 22-Ac 12).
Jésus, Luc, apôtres, Pierre, Corneille, fraction du pain, dernière cène, libération de saint Pierre
 
À la recherche de Théophile H. Anderson (R.) Pages 64-71
Théophile le Grand Prêtre
Lorsqu’on réalise que les données disponibles pour l’identification du “très excellent Théophile” sont rares, la salutation et le style d’écriture de l’auteur deviennent alors des indices précieux pour déterminer le public auquel l’évangile de Luc est destiné. En utilisant les faits rassemblés dans Flavius Joseph, un ossuaire inscrit, l’onomastique et une analyse du style écrit de l’auctor ad Theophilum, nous identifierons le très excellent Théophile avec un personnage historique connu. Ce qui a été considéré comme une affirmation radicale faite par Johannes Weiss en 1892 constituera les prémices de cette recherche. Weiss reconnaissait que les idées devaient être exprimées dans des termes qui soient intelligibles pour leur public. Par conséquent, nous devons conclure que les idées de Luc ont été exprimées en termes aisément compréhensibles de l'excellent Théophile. Nous nous proposons dans cet article d'établir cette déduction comme un fait.
Théophile, codex de Bèze, Évangile de Luc, Actes des Apôtres, Flavius Josèphe
 
Dialogue sur le prologue Chabert d'Hyères (S.) et W. Conrad (C.) Pages 72-75
Prologue de l'Évangile
Luc a-t-il vécu du temps même de Jésus, était-il un contemporain des faits relatés dans son évangile comme pourrait le laisser entendre l'énoncé parekolouthekoti kamoi, ou bien a-t-il écrit bien après par intermédiaires interposés ? Le problème se pose à la lecture littérale du prologue. En effet, aborder la question de l'historicité des écrits lucaniens nécessite de reconsidérer l'étude sémantique et philologique du texte. Or cette question, systématiquement évacuée au siècle dernier, paraît encore trop “nouvelle”. Le dialogue qui suit se donne pour objectif d'amorcer le débat et non point de le régler ; il ne nous a pas paru souhaitable que par manque d'une analyse suffisante, l'une ou l'autre thèse soit invalidée. C'est la raison pour laquelle il n'y a pas de conclusion. Que le lecteur veuille bien considérer plutôt qu'il s'agit ici d'une étape nécessaire dans un processus qui tente de réinterpréter les schémas acquis.
prologue, Évangile de Luc, codex de Bèze
 
Jésus, du gouvernement de Quirinius au principat de Tibère Chabert d'Hyères (S.) Pages 76-87
Dates de sa naissance et de son ministère
En plaçant la naissance de Jésus sous le gouverneur Quirinius, lors d'un enregistrement en Judée, Luc aurait-il trébuché sur la première marche de l'Histoire qu'il essayait de gravir ?
le roi Hérode, les jours messianiques, Tibère, Quirinius, dilepton, codex de Bèze
 
Auguste Strothmann (M.) Pages 88-101
Empereur et Père de l'oikouménè
Dans les attributions du Père de la Patrie – tel que l'était Auguste – figurait le recensement des siens, un acte par lequel il témoignait à chacun sa sollicitude. Au-delà d'une manifestation d'intérêt personnel, la dimension politique du recensement jouait un rôle évident.
Auguste, oikouménè, Père de la Patrie, aureus, statue de Mars Ultor, Res Gestae, les koina, Judée, Syrie
 
Quirinius et les deux enregistrements de Judée Chabert d'Hyères (S.) Pages 102-107
Les enregistrements de Quirinius
Si Luc a parlé d'un premier enregistrement n'est-ce pas parce qu'il fut suivi d'un second ?
enregistrement de citoyens, inventaire, Jérusalem, Nazareth, Tertullien
 
Les mentions épigraphiques des personnages cités par Luc Boffo (L.) Pages 108-119
Épigraphie
La base historique de l’évangile de Luc et des Actes des Apôtres, depuis longtemps objet de vives discussions, doit être désormais reconnue aussi par les chercheurs intéressés par les aspects apologétiques et religieux de ces textes. Un bref passage en revue de la documentation épigraphique concernant un nombre non négligeable de personnages cités par l’évangéliste offre une importante confirmation de la crédibilité du contexte dans lequel se situe l’intervention de Jésus et des Apôtres.
Ponce Pilate, saint Luc, codex de Bèze, inscriptions, administration militaire, administration municipale, Éphèse, Philippes, synagogue, cultes païens
 
La principauté d'Abila de Lysanias dans l'Antiliban Gatier (J.-L.) Pages 120-127
Archéologie
La petite principauté d'Abila de Lysanias a eu une existence très brève et une place quasi négligeable dans l'histoire du Proche-Orient romain. Seule sa mention dans l'évangile de Luc (3, 1-2) l'a tirée de l'obscurité. Les voyageurs et les érudits européens, soucieux de confirmer l'Écriture, se sont mis assez tôt à la recherche du site d'Abila, dont l'identification par Richard Pococke, dès le XVIIIe siècle, n'a pas été remise en cause. La principauté d'Abila a été le dernier témoin de la tentative faite par les Ituréens de constituer un État puissant dans les montagnes libanaises au Ier siècle av. J.-C. et de l'échec de cette opération.
dynastie mennaide, les Ituréens, Abila, Abilène
 
Le langage médical de saint Luc par W. K. Hobart Chabert d'Hyères (S.) Pages 128-133
Luc médecin
En 1882, W. K. Hobart dédiait à l'archevêque de Dublin un ouvrage consacré au langage médical de Luc. Analysant son vocabulaire dans les récits de guérison, il faisait le parallèle avec le langage médical de cette époque, connu par les œuvres d'Hippocrate, d'Aretès ou de Galien. Son travail émaillé de citations donne un aperçu de l'étendue du vocabulaire lucanien jusqu'en milieu médical. Sans en conclure, comme le faisait beaucoup trop vite l'auteur, que Luc était médecin, on peut juger de la capacité de l'évangéliste à observer les situations humaines pour les rendre avec sobriété dans un vocabulaire adapté. Il n'était pas versé dans l'imaginaire, mais, participant de la culture de son temps, il n'a pas eu crainte de rendre compte de l'Indicible face à l'irrationnel.
sommeil d'Eutyche, attentes de la Psyché, humeurs, saint Luc
 
Prophéties de Jésus sur Jérusalem (Luc) Nodet (É.) Pages 134-141
Prophéties de Jésus
Le récit à deux volets formé par l’évangile de Luc et les Actes des Apôtres s’achève avec l’arrivée de Paul à Rome. Comme la tradition affirme que celui-ci a été décapité sous Néron en 64, on a longtemps conclu que tout avait été rédigé avant la mort de Paul, et a fortiori avant la ruine du temple de Jérusalem, en 70. L’argument n’est cependant guère probant, car il ne tient pas compte du caractère de ces livres, qui ne sont nullement des reportages.
destruction du temple de Jérusalem, prophéties de Jésus, Évangile de Luc, Jérusalem, Rome
 
Saint Luc, évangéliste et historien Les bronzes romains

 
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Dossiers d'Archéologie n° 279 est un magazine des Editions FATON.