Dossiers d'Archéologie n° 311 du 01/03/2006
Numéro Normal  
Tombeaux royaux et princiers
Tout comme les premiers empereurs romains chrétiens, en particulier Constantin, les rois de France ont voulu se faire inhumer dans une basilique prestigieuse qu'ils avaient particulièrement honorée de leur vivant et où ils souhaitaient reposer. C'est ainsi que Clovis, rompant avec la tradition barbare de sépulture sous tumulus, fit construire au sommet d'une colline qui domine la rive gauche de Lutèce, une basilique dédiée aux Saints-Apôtres qui était vraisemblablement liée à à mausolée funéraire, sans doute de plan centré. Ses successeurs firent de même mais dans d'autres édifices (Sainte-Geneviève, Saint-Germain-des-Prés, Saint-Denis). Les Carolingiens reprirent cette coutume mais se firent inhumer eux aussi, en différents endroits. Il fallut attendre Saint Louis pour voir se définir une véritable politique funéraire s'agissant des rois, des reines et des enfants de France. Il choisit, pour ce faire, l'abbatiale de Saint-Denis qui devint ainsi le “cimetière des rois”.
 
Principaux articles référencés pour ce numéro
 
Souverains mérovingiens et carolingiens Erlande-Brandenburg (A.) Pages 2-7

Le mariage, en 493, du chef des Francs saliens avec Clotilde, fille du roi des Burgondes, allait assurer à la dynastie qu’il devait fonder et à la nation qu’il allait diriger une destinée exceptionnelle. Il s’immisçait ainsi dans la “romanité” et découvrait la nouvelle religion adoptée par la société romaine, non pas l’arianisme comme il était courant chez les autres “barbares” mais le catholicisme.
Saint-Germain-des-Prés, Saint-Denis
 
Saint-Germain-des-Prés, une scénographie funéraire et politique Plagnieux (Ph.) Pages 8-11

Mis en chantier un peu avant 1145, le chevet gothique de Saint-Germain-des-Prés (fig. 1) était, entre autres, destiné à présenter un ensemble de tombeaux commémoratifs, nouvellement sculptés, visant à célébrer la mémoire des rois mérovingiens inhumés dans l’abbatiale aux VIe et VIIe siècles. Confrontés aux revendications de l’évêque de Paris, les religieux du XIIe siècle cherchèrent ainsi à réveiller l’illustre passé du monastère fondé à la fois par le roi Childebert et le saint évêque Germain.
épigraphie carolingienne, dalle funéraire, abbé Hugues III, tombeaux
 
Saint-Benoît-sur-Loire, redécouverte de la sépulture embaumée de Philippe Ier Georges (P.) Pages 12-21

La dernière demeure de Philippe Ier est l’une des rares sépultures royales qui n’a pas été violée. Ouverte une première fois au XIXe s., c’est en 1958 que l’on procède à une véritable étude archéologique, en particulier sur le corps et les vestiges qui lui sont associés. Les analyses de laboratoire nous révèlent ainsi comment la dépouille royale a été traitée.
gisant, caveau, embaumement
 
Fontevrault, le cimetière des rois Plantagenêts Erlande-Brandenburg (A.) Pages 22-27

La construction de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui “l’Empire Plantagenêt” n’obéit pas, comme on l’a trop souvent avancé, à un programme longuement mûri, mais à une prise en compte de façon remarquable des différents événements que rien ne laissait prévoir, et qui furent très habilement utilisés. Le génie politique des Angevins a été le facteur capital de cette réussite spectaculaire qui entraîna l’admiration des contemporains, en raison de sa rapidité et de son ampleur. L’effondrement fut tout aussi rapide, à la suite de la prise, par Philippe-Auguste, de Château-Gaillard en 1204.
Henri II, Aliénor d'Aquitaine, Richard Cœur de Lion, Isabelle d'Angoulême
 
Les tombes princières Dectot (X.) Pages 28-31

La mutation qui se produit autour de 1100 et qui voit la réapparition progressive, mais de plus en plus affirmée, du monument funéraire placé hors sol, à l’intérieur de l’église, ne touche au départ qu’un type très particulier de personnes. Hors quelques cas de tombes d’enfants morts à l’adolescence, telles celle d’Alfonso Ansúrez, autrefois à Sahagún et aujourd’hui au Museo Arqueologico Nacional de Madrid, ou celle de Guillaume de Flandres, provenant de Saint-Bertin et conservée au musée de Saint-Omer, il s’agit de tombes de personnes souvent décédées depuis longtemps et qui reçoivent cet honneur en raison de leur statut particulier de fondateur ou de défenseur de l’établissement qui accueille leur tombe. Petit à petit, pourtant, les vivants vont faire leur cette coutume. Souverains et grands princes ne se contentent plus de se faire enterrer auprès de leurs prédécesseurs et vont faire placer, au-dessus de leur sépulture ou de celles de leurs prédécesseurs immédiats, des monuments visibles destinés à perpétuer leur souvenir.
Henri Ier, Guillaume de Flandres, Philippe Pot, Thibaut III, Du Guesclin
 
Le "cimetière des rois à Saint-Denis" et la politique funéraire de Saint Louis Erlande-Brandenburg (A.) Pages 32-37

Le roi saint Louis a défini très tôt une véritable politique funéraire s’agissant des rois, des reines et des enfants de France. Il était conscient des difficultés suscitées par le choix de la sépulture pour les reines comme pour les enfants de France. Une meilleure définition du rôle funéraire s’imposait. Elle s’imposait d’autant plus que l’encombrement devenait manifeste, déjà ressenti lors de la mort de Louis VI : le roi avait souhaité être inhumé entre les autels de la Trinité et l’autel majeur, situé au-dessus de la tombe des trois martyrs. Suger hésita sous prétexte que l’usage était de placer les corps royaux au-devant de l’autel de la Trinité. Il finit par céder ayant découvert une place.
Suger, basilique, Clovis Ier, Henri II, Catherine de Médicis
 
Abbayes cisterciennes et monuments funéraires Dectot (X.) Pages 38-41

Grands réformateurs du monachisme bénédictin, mais aussi acteurs majeurs de la réforme liturgique romaine, les clunisiens s’appuyèrent largement sur le développement du culte des morts pour asseoir leur puissance sur l’Europe occidentale. Aussi n’y a-t-il rien de surprenant à ce que les ordres nouveaux fondés à la fin du XIe siècle ou au début du XIIe siècle et qui, pour s’affirmer, doivent marquer leur différence avec le monde clunisien, aient eu une attitude beaucoup moins accueillante vis-à-vis des nobles désireux de s’assurer d’une dernière demeure dans un espace privilégié, et d’une communauté régulière pour assurer la perpétuation de leurs souvenirs. Même si nombre de ces communautés n’eurent qu’une extension réduite au-delà de leur abbaye mère et surent faire preuve, le cas échéant, de souplesse, ainsi par exemple de Fontevrault, il est un ordre dont l’essor fut aussi important que l’intransigeance affichée en la matière, Cîteaux. La place qu’y tenait Bernard de Clairvaux, théologien aussi brillant polémiste que farouche partisan d’une religion sans concession, ne fit, dans un premier temps, que renforcer cette hostilité à l’accueil de sépultures privilégiées.
Saint Bernard, Cîteaux
 
Cîteaux et la mort des rois Erlande-Brandenburg (A.) Pages 42-45

Lorsque le 21 mars 1098, Robert de Molesme fondait le “nouveau monastère” aux portes de Dijon, qui prit rapidement le nom de Cîteaux, il voulait imposer une plus stricte observance à la nouvelle communauté. La “vie au désert” imposait des décisions particulièrement lourdes par rapport à Cluny qui avait trouvé des accommodements. C’est ainsi que les laïcs n’étaient pas admis à assister aux offices religieux et restaient à la porte de l’édifice, laissée seulement ouverte. Cet ostracisme envers les vivants a été étendu aux morts, afin d’éviter des cérémonies qui auraient troublé la liturgie monastique. La demande était telle que le chapitre est en général intervenu à plusieurs reprises pour éviter des débordements dangereux. En 1152, il admit que les fondateurs d’un monastère pourraient être admis après leur mort à l’intérieur de l’enceinte du monastère. C’est ainsi que les ducs de Bourgogne, fondateurs de Cîteaux, ont été inhumés non dans l’abbatiale, mais sous le porche. Ce même chapitre général de 1152 rappellera que seuls les rois, les reines, les archevêques et les évêques pouvaient être inhumés à l’intérieur de l’église dont ils avaient été les fondateurs. Les demandes soumises au chapitre ont été très soigneusement étudiées. Adèle de Champagne (morte en 1206), la seconde femme de Louis VII (mort en 1180) qui s’était fait inhumer à Barbeau alors que sa première femme Constance de Castille (morte en 1160) l’avait été à Saint-Denis, se vit refuser l’autorisation de reposer à côté de son royal époux, mais autorisée par le pape à être enterrée dans l’abbatiale de Pontigny parce qu’elle était la fille du fondateur, Thibaut de Champagne.
Pontigny, Louis VII, Saint Louis, Maubuisson, Notre-Dame-de-Lys
 
Les tombeaux royaux dans les cathédrales Christophe (D.) Pages 46-51

Les cathédrales, églises du diocèse, ne sont pas destinées à accueillir des sépultures qui, par respect de la Loi des douze tables, ne pouvaient se situer qu’à l’extérieur de la ville. Les chrétiens désireux de reposer ad sanctos, au plus près des reliques des saints, étaient inhumés dans les basiliques, élevées extra muros. De même, le lieu le plus sacré des édifices, le sanctuaire, ne pouvait accueillir des sépultures. Ces deux règles furent cependant progressivement transgressées. Ainsi le roi de France Philippe Ier obtint-il en 1108 d’être enseveli dans le chœur de l’abbatiale de Saint-Benoît-sur-Loire, au pied de l’autel majeur. Des religieux -chanoines, évêques ou archevêques-, purent à leur tour reposer dans les édifices cathédraux. Les rois et les princes sollicitèrent le même privilège, pour eux ou des membres de leur famille.
Henri le Jeune, Geoffroy Plantagenêt, Charles V, Richard Cœur de Lion, Isabelle de Hainaut
 
La politique funéraire royale (fin XIIIe-XVe siècles) Erlande-Brandenburg (A.) Pages 52-55

L’appellation de “cimetière aux rois” s’est aussitôt imposée chez les chroniqueurs pour désigner l’espace sacré qui réunissait dans l’abbatiale de Saint-Denis les tombeaux des rois et reines de France. Son organisation par Saint Louis relevait d’une conception unique qui ne pouvait supporter aucune contrainte. Elle était un moment de l’histoire monarchique du pays sans possibilité d’évolution.
Saint-Denis, Louis XI, Jeanne d'Evreux, Royaumont, Marie de France
 
Les tombeaux des princes des fleurs de lys à Paris Baron (F.) Pages 56-63

Pour l’éternité, les princes des fleurs de lys étaient les descendants des rois de France qui avaient choisi pour emblème cette figure héraldique, et dont ils portaient, en les brisant, les armoiries. Cette filiation ne leur assurait pas pour autant le droit à une inhumation à Saint-Denis. À quelques exceptions près, la nécropole, qui n’eut au reste pas suffi, fut, de par la volonté de Saint Louis, réservée aux corps des souverains, accompagnés ou non de leurs épouses.
Jacobins, Pierre d'Evreux-Navarre, Catherine d'Alençon, Marguerite d'Artois, Charles d'Anjou, gisant, Marie d'Espagne, Bonne de France, Robert d'Artois, Béatrice de Bourbon, Anne de Bourgogne, Jeanne de Bourbon
 
Les cimetières des Bourbons, princes aux fleurs de lys Gautier (M.-E.) Pages 64-71

L’église de Souvigny (Allier) abrite les deux seuls tombeaux de princes du sang maintenus dans leur emplacement d’origine. Dix ducs et duchesses de Bourbon y reposent encore. Mais cette unique nécropole conservée n’a pas été la seule aménagée par les ducs. Du début du XIVe siècle à la trahison du Connétable en 1523, les ducs de Bourbons et leurs épouses ont élu sépulture dans six autres églises. Le choix de ces cimetières et leurs aménagements expriment leur souci constant de concilier et de manifester leur double qualité d’héritiers d’une importante principauté et de princes des fleurs de lys.
Marie de Hainaut, Souvigny, Louis II
 
Les cimetières des princes des fleurs de lys en Bourgogne Jugie (S.) Pages 72-79

Philippe le Hardi, duc de Bourgogne depuis 1363, fonda en 1385 à proximité de Dijon, au lieu-dit Champmol, une chartreuse destinée à accueillir son tombeau. Celui-ci, réalisé de 1381 à 1410 par Jean de Marville, Claus Sluter et Claus de Werve, est l’un des tombeaux les plus somptueux de la fin du Moyen Âge français. Les successeurs de Philippe le Hardi et plusieurs membres de sa famille furent enterrés à Champmol ; seul son fils Jean sans Peur reçut un tombeau sur le même modèle. Jusqu’à la Révolution, la chartreuse joua le rôle de “lieu de mémoire” de la dynastie bourguignonne. Ce rôle se perpétue depuis 1827 au musée des beaux-arts de Dijon, où les tombeaux, restaurés après les déprédations de l’époque révolutionnaire, ont été remontés dans la grande salle de l’autel ducal.
Philippe le Hardi, Chartreuse de Champmol, Jean de Liège, Claus Sluter
 
Le mausolée du duc Jean de Berry Raynaud (C.) et Chancel-Bardelot (B.) Pages 80-87

Troisième fils du roi Jean le Bon, Jean de France, duc de Berry (1340-1416) est âgé de soixante-trois ans lorsqu’il élit sépulture dans la Sainte-Chapelle de Bourges. Ses frères Charles V, Louis Ier d’Anjou et Philippe le Hardi l’ont déjà précédé dans leurs tombeaux respectifs : Saint-Denis pour le roi, dont le cœur repose toutefois dans le chœur de la cathédrale de Rouen, et les entrailles à l’abbaye de Maubuisson ; la cathédrale d’Angers pour Louis Ier d’Anjou, sous un simple coffre de bois, et la chartreuse de Champmol, à Dijon, pour Philippe le Hardi.
Sainte-Chapelle de Bourges
 
Louis d'Orléans et la chapelle des célestins Erlande-Brandenburg (A.) Pages 88-91

Personnage contrasté comme peu d’individus l’ont été, Louis, second fils de Charles V et de Jeanne de Bourbon, était devenu duc d’Orléans en 1392, par la grâce de son frère Charles VI. Son mariage avec Valentine Visconti, fille du duc de Milan, Jean Galeas, lui ouvrit des horizons nouveaux, l’engageant dans une politique internationale. Ses intérêts l’opposèrent à son oncle Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et plus encore à son fils Jean sans Peur. Les partisans de ces derniers, excédés et comprenant mal les ordres de leur maître, l’assassinèrent le 23 novembre 1407 alors qu’il sortait de l’hôtel de la reine Isabeau.
gisant, tombeau, Saint-Denis
 
Que sont devenus les os de Louis XI ? Georges (P.) Pages 92-99

Le sépulcre de Louis XI et le monument qui le surmontait ont connu une histoire mouvementée. Sources historiques, visites et fouilles arrivent aux mêmes constatations. À la fin du XIXe s., le nombre de crâne évolue dans le caveau, ce qui jette alors le discrédit sur les témoignages antérieurs, voire sur l’authenticité des restes présents. Une mission d’expertise récente permet d’apporter de nouveaux éléments de réponse.
Cléry-Saint-André, caveau royal, église Notre-Dame
 
Les tombeaux de Louis XII et François Ier Boudon-Machuel (M.) Pages 100-105

Les tombes de Louis XII (1462-1515) et de François Ier (1494-1547), érigés à Saint-Denis au cours du XVIe siècle, bouleversent les canons en vigueur. Ils proposent un nouveau modèle de tombeau royal qui sera copié au-delà des frontières du royaume. Les doubles effigies du roi et de la reine, en gisant et en priant, exposées dans un édicule architecturé indépendant, répondent à une conception particulière de l’image du souverain français, dans sa personne et dans sa fonction.
Anne de Bretagne, Claude de France, Saint-Denis
 
Les mausolées royaux de la Renaissance à la Révolution Lecomte (L.) Pages 106-113

Monument d'exception, le tombeau royal échappe aux normes et aux classifications ordinaires. À la fin du XVIe siècle, ce programme connaît une amplification exceptionnelle avec la rotonde des Valois à Saint-Denis, prototype de la chapelle-mausolée du XVIIe siècle. Son influence s'exerce sur les projets inaboutis des Bourbons à Saint-Denis et sur le dôme des Invalides, où Louis XIV aurait envisagé d'établir sa sépulture. La reconstruction de la basilique Sainte-Geneviève et les dessins du concours de l'Académie royale d'architecture attestent que le sujet reste d'actualité jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.
rotonde des Valois, Saint-Denis, mausolée des Bourbons, dôme des Invalides
 
Le tombeau de Napoléon Ier aux Invalides Lagrange (F.) Pages 114-117

L’association entre l’Hôtel des Invalides de Louis XIV et le tombeau de Napoléon paraît naturelle. Pourtant le contexte historique de l’insertion de la sépulture impériale sous le Dôme des Invalides comporte des arrière-plans problématiques.
Visconti, Charles Simart
 
Tombeaux royaux et princiers Vrais ou faux ? De l'Antiquité classique

 
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