Dossiers d'Archéologie n° 312 du 01/04/2006
Numéro Normal  
Vrais ou faux ? De l'Antiquité classique
Dans La Guerre du Faux, Umberto Eco engagea, parmi les premiers, le combat. Le romancier du Nom de la Rose dénonça avec brio ce travers de notre temps qui préfère la copie à l’original, donne plus de prix à l’imitation qu’à l’œuvre authentique et se réfugie dans le virtuel pour ne pas affronter la réalité. Les spécialistes de l’Antiquité connaissent, eux aussi, cette tentation : elle est souvent vertueuse, quand pour des raisons de conservation ou de sécurité, elle conduit à montrer, sur les sites ou dans les musées, des répliques. Et comment nier la formidable capacité des technologies informatiques et numériques à faire revivre les mondes disparus ? S’il ne doit guère redouter l’invasion des plâtres et les ravages de la 3D, le monde de l’archéologie vit en revanche sous la pression d’une menace beaucoup plus redoutable : l’activité de faussaires.
 
Principaux articles référencés pour ce numéro
 
La guerre du faux n'aura pas lieu Duchêne (H.) Pages 2-7

Dans La Guerre du Faux, Umberto Eco engagea, parmi les premiers, le combat. Le romancier du Nom de la Rose dénonça avec brio ce travers de notre temps qui préfère la copie à l’original, donne plus de prix à l’imitation qu’à l’œuvre authentique et se réfugie dans le virtuel pour ne pas affronter la réalité. Les spécialistes de l’Antiquité connaissent, eux aussi, cette tentation : elle est souvent vertueuse, quand pour des raisons de conservation ou de sécurité, elle conduit à montrer, sur les sites ou dans les musées, des répliques. Et comment nier la formidable capacité des technologies informatiques et numériques à faire revivre les mondes disparus ? S’il ne doit guère redouter l’invasion des plâtres et les ravages de la 3D, le monde de l’archéologie vit en revanche sous la pression d’une menace beaucoup plus redoutable : l’activité de faussaires.
Charles Clermont-Ganneau, Antiquité
 
La tiare de Saïtaphernès Duchêne (H.) Pages 8-15

Le nom de Salomon Reinach (1858-1932) est associé à la mésaventure du Louvre qui fit, en 1896, pour la somme de 200 000 francs(1), l'acquisition d'un faux : la tiare de Saïtaphernès. Au soir de sa vie, empêtré dans la controverse de Glozel, alors que la presse s'amusait à rappeler cet épisode fâcheux, le conservateur du Musée de Saint-Germain-en-Laye ne cachait pas qu'il était injuste de le tenir responsable de l'achat de cet objet et coupable d'en avoir soutenu l'authenticité. Au début de l'année 1928, il prit la plume pour se défendre : “J'ai assez longtemps porté ce chapeau pour en être quelque peu excédé et le mettre bas”. Peine perdue.
Edmond Pottier, Adolf Furtwaengler, Salomon Reinach
 
Les fausses terres cuites antiques ou l'attrait de l'œuvre moderne Mathieux (N.) Pages 16-23

L’histoire relativement récente de l’intérêt pour les terres cuites antiques s’est faite au gré de découvertes archéologiques marquantes. Suscitant curiosité et enthousiasme, celles-ci ont inspiré parmi les plus grandes vagues de faux de l’histoire de l’art. Façonnées par une connaissance de l’Antiquité et nourrie du goût de l’époque, ces faux ne sont pas facilement décelables. Les examens et analyses techniques élaborés ces dernières décennies, s’ils permettent une identification plus sûre, laissent intacte l’ambiguïté esthétique que portent ces œuvres.
sarcophage, plaque, statuettes, fibules, thermoluminescence
 
Histoire vraie de fausses terres cuites Duchêne (H.) Pages 24-29
À propos des groupes dits d'Asie Mineure
Bien des adversaires de Salomon Reinach crurent tenir avec la tiare de Saïtaphernès leur revanche. Cette affaire, c’était comme l’arroseur arrosé. Elle éclaboussait celui qui, vingt ans plus tôt, avait dénoncé, avec tant de virulence, comme des faux, les groupes de terres cuites d’Asie Mineure. Elle pouvait même laisser croire que, dans ce dossier aussi, le fouilleur de la nécropole de Myrina s’était égaré en un combat douteux.
Olivier Rayet, Camille Lecuyer, Salomon Reinach
 
La collection Froehner au Cabinet des Médailles à Paris Hellmann (M.-C.) Pages 30-37

Comme toutes les collections constituées entre le dernier quart du XIXe siècle et le début du XXe, celle que Wilhelm Froehner (1834-1925) légua au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale de France contient des objets faux. Mais, grâce aux particularités de cette collection, les faux n’y sont pas dénués d’originalité, et la personnalité ambiguë de Froehner amène à s’interroger : s’il est bien probable qu’il a souvent été dupe, ce qui était inévitable à cette époque, il est aussi possible qu’il ait parfois acquis en connaissance de cause des objets plus que douteux.
lampe corinthienne, table iliaque, tessères, lampe, vase, figurine
 
Les faux dans l'épigraphie Brun (P.) Pages 38-43

Fabriquer de fausses monnaies, de faux bijoux antiques correspond, on le comprendra aisément, à une démarche de type marchand puisque, chacun le sait bien, la valeur d’un objet dépend souvent, même si ce n’est pas le seul critère, de son ancienneté. Compte tenu du fait que les inscriptions n’ont guère de valeur marchande et n’ont jamais fait l’objet d’un trafic égal à celui des sculptures et des pièces de monnaie, la fabrication moderne de stèles gravées est restée des plus limitées : on connaît quelques exemples de faussaires qui tentaient de gruger des collectionneurs désireux de posséder des “antiques” en leur demeure, mais cela reste marginal.
serment de Platées, décret de Thémistocle
 
Reliques et témoignages de foi Baslez (F.) Pages 44-49
La pratique chrétienne face aux “lieux saints”
Aujourd’hui encore, le tourisme moderne, religieux et culturel, exploite à fond la notion de “paysage relique”, surtout si elle peut être matérialisée par des vestiges anciens. On ne compte pas non plus les petits objets qui circulent autour de ces sites, ni même les imitations frauduleuses qui traînent chez les antiquaires de Jérusalem et d’ailleurs, dans les églises et dans les musées depuis la plus haute Antiquité. Une “relique” n’est pas seulement une pièce rare, c’est pour le croyant un petit morceau d’histoire sainte ; le “paysage relique” l’est aussi, qui convoque l’archéologie au service de la Bible.
graffiti, Vatican, Jérusalem, ossuaire
 
Quand la fausse monnaie est prise pour argent comptant Picard (O.) Pages 50-55

Le faussaire de monnaies occupe une place à part dans l’image populaire de la criminalité : si la contrefaction est sévèrement punie, la victime n’est que l’État ou le riche. En fait il n’est pas si facile de distinguer parmi les procédés utilisés dans l’Antiquité (diminuer la proportion de métal précieux, “saucer la monnaie”) ce qui est le fait de la cité ou des ouvriers de l’atelier monétaire et ce qui revient à d’authentiques faussaires. À partir de la Renaissance et surtout du XIXe siècle, la valeur des monnaies antiques entraîne un véritable artisanat du faux.
statère, tétrachrachme, drachme
 
Le philosophe et son double Bonnet (G.) Pages 56-61

Dans l’Antiquité latine, l’esthétique de l’aemulatio prévalait en littérature : Cicéron et Virgile ne cessèrent d’être présentés comme des modèles aux écoliers et étudiants latins, et l’imitation d’un style ne relevait pas a priori de la supercherie, mais constituait une démarche naturelle. Du coup, dans la tradition manuscrite qui nous a conservé les œuvres, l’écrit “pseudépigraphe” ne procède pas toujours de la volonté de tromper : le faux n’est pas toujours canular, mais plus souvent résultat d’une attribution abusive tardive. L’imitation de Sénèque (vers 4 av. J.-C.-65 ap. J.-C.) consitue un cas typique de cet accroissement littéraire illicite, dont la postérité est parfois bien embarrassée.
Sénèque, Octavie, Socrate
 
L'énigme de l'Histoire Auguste Ratti (S.) Pages 62-67
Autopsie d'un faussaire
L'Histoire Auguste constitue l'une des plus mystérieuses mystifications de toute l'Antiquité – et peut-être de toute l'histoire de la littérature occidentale. L'auteur inconnu de cette collection de biographies impériales vient peut-être d'être identifié. L'énigme trouve enfin sa solution.
Hermann Dessau, Piazza Armenina, Vie de Maxime et Balbin, Vie de Valérien
 
Vrai ou faux ? Rolley (C.) Pages 68-75
Le cas de la sculpture grecque
Les collections anciennes des musées, les œuvres qui apparaissent sur le marché sans provenance indiquée, ou avec une provenance suspecte : ce sont les deux situations où se pose la question de l’authenticité d’une statue ou d’un relief grec. Le problème est toujours actuel. Tout récemment, une réplique en bronze de l’Apollon Sauroctone de Praxitèle, présentée lors d’un congrès archéologique comme se trouvant dans un château d’Allemagne de l’Est, passée depuis au musée de Cleveland, intrigue ceux qui ne l’ont vue que sur photographies, et à peu près autant, semble-t-il, ceux qui l’ont vue directement. La statue de Praxitèle, qui était en bronze, a été souvent copiée à l’époque romaine. Il n’est donc pas exclu que ce soit effectivement une copie antique ; mais son aspect, sa conservation, seraient aussi bien ceux d’un bronze coulé entre le XVIe et le XVIIIe siècle, comme on le faisait couramment pour les décors, intérieur ou extérieur, des châteaux. On attend qu’une présentation détaillée donne des éléments de réponse.
Idolino, kouros de New York, buste de Sophocle, trône Ludovisi, trône de Boston, kouros Getty
 
Vrais ou faux ? De l'Antiquité classique Les Celtes

 
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