Dossiers d'Archéologie n° 239 du 01/12/1998
Numéro Normal  
Xanthos, de la Perse à Byzance
A la veille du cinquantenaire de la mission archéologique française de Xanthos et du Létôon, nous sommes heureux de présenter pour la première fois au public un bilan général de l'exploration de ces deux sites, une ville et un sanctuaire religieux, qui comptent parmi les plus riches de l'Asie Mineure et ont été inscrits par l'UNESCO sur la lite du Patrimoine Mondial. Les habitants antiques de Xanthos, les Lyciens, ne sont guère connus du public, peut-être faute d'avoir laissé un grand nom dans l'Histoire, peut-être aussi parce que leur berceau, sur la côte sud de la Turquie, était, malgré son extraordinaire beauté naturelle difficile d'accès faute de bonnes routes jusqu'à une date très récente.
 
Principaux articles référencés pour ce numéro
 
Histoire de la recherche Metzger (H.) Pages 4-9
L'exploration de Xanthos et du Létôon
A la fin du XVIIIe s. et au début du XIXe, le continent asiatique n’avait encore été parcouru que superficiellement par les explorateurs européens. En Asie Mineure, c’est-à-dire dans la partie occidentale de l’empire ottoman, de larges étendues restaient vierges sur les cartes. Puis progressivement, l’attrait du passé et la chasse aux vestiges archéologiques jouèrent un rôle important dans les recherches. C’est dans ce mouvement que se place la découverte de Xanthos par Charles Fellows en 1839.
Turquie, sarcophages sculptés, acropole, monuments funéraires,
 
Histoire des Lyciens Le Roy (C.) Pages 10-17

La Lycie, comme c’est le cas des autres régions d’Asie Mineure, a eu une histoire fort mouvementée, dont les débuts sont cependant obscurs. Mentionnés dans les textes hittites dès le XVe s. av. J.-C., il faut attendre presque mille ans pour que les premières sources véritablement historiques apparaissent. C’est également vers cette époque, c’est-à-dire celle de la domination perse, et jusqu’aux invasions arabes du VIIe s. ap. J.-C. que l’histoire proprement lycienne cesse et que commence celle de la Lycie perse, grecque, romaine et byzantine : la petite province appartient alors à une vaste koinè politique et culturelle.
Turquie, hittite, perse, Termiles, grec, hellénistique
 
L'antique cité de Xanthos révélée par les fouilles Courtils (J. des) Pages 18-29

Au prix de quelques dégagements de faible envergure, les voyageurs du XIXe siècle avaient eu le loisir d’explorer en surface le site de Xanthos dont plusieurs monuments importants étaient restés visibles tout au long des âges. Le modeste habitat villageois dont Ch. Fellows signalait alors la présence n’occupait qu’une petite partie de la ville antique (au-dessus de la grande basilique paléochrétienne) et la construction des maisons paysannes n’avait pas entraîné, semble-t-il, de démolition générale d’édifices antiques. Mais ce n’est que depuis 1950, début de l’activité d’une mission archéologique française, que se dégage petit à petit une image plus précise de la cité antique. Toutefois l’ampleur de la tâche est telle que le tableau qu’on peut en donner aujourd’hui comporte encore beaucoup de lacunes et fait une place importante, parfois irritante, à l’hypothèse.
Turquie, époque promitive, acropole, Lycien, hellénistique, romain, rempart, système défensif
 
Les monuments funéraires de Xanthos Schweyer (A.-V.) Pages 30-37

L’une des richesses archéologiques du site de Xanthos est certainement l’ensemble composite de ses tombes. Leurs principaux intérêts résident dans leur grande diversité typologique ainsi que dans leur valeur sociale ; en effet, la tombe est la matérialisation et le témoin, au niveau funéraire, de la place qu’occupai(en)t son ou ses propriétaires dans la société xanthienne.
Turquie, tombes rupestres, sarcophage, néréides
 
Le culte de Léto Le Roy (C.) Pages 38-1
Son dévelopement sous le roi Arbinas
Pourquoi le culte de ce que les hellénistes appellent la “triade apollinienne” (Léto, Apollon et Artémis) s’est-il implanté et a-t-il prospéré en Lycie ? Il y a encore trente ans, la réponse semblait claire : Léto était en fait une déesse-mère d’origine asiatique, et plus spécialement lycienne. Son nom même semblait apparenté au lycien “lada”, qui signifie “épouse” ou “mère”. Et, malgré la mise en garde, il y plus d’un demi-siècle, de l’historien des religions Martin Nilsson (“Apollon n’était pas lycien”), certains attribuaient également à Apollon une origine anatolienne, voire mésopotamienne.
Turquie, sanctuaire, époque classique
 
Le Létôon, sanctuaire fédéral Le Roy (C.) Pages 42-51
Monuments et inscriptions
Le sanctuaire classique, tel qu’il a été décrit précédemment, a subsisté jusqu’à l’époque hellénistique sans changements notables dans son architecture. Mais l’hellénisation en profondeur de la Lycie, qui suit la conquête d’Alexandre, a naturellement touché les conceptions religieuses. Les divinités lyciennes s’effacent définitivement, au moins dans la langue écrite, au profit des divinités grecques. En même temps, le travail de “mythopoièse” vise à l’appropriation par les Lyciens des divinités venues de l’Ouest.
Turquie, sanctuaire, temple, Artémis, offrandes
 
Les théâtres de Xanthos et du Létôon Moretti (J.-C.) Pages 52-55

Xanthos comme le Létôon possèdent un théâtre, qui fut utilisé de la fin de l’époque hellénistique jusqu’à une date avancée de l’époque impériale. Celui de Létôon est un théâtre de sanctuaire, destiné à recevoir les rassemblements de la confédération lycienne et plus encore les concours musicaux et dramatiques qu’elle organisait. Celui de Xanthos, en revanche, est un théâtre de cité qui accueillait des rassemblements politiques, des concours et des spectacles institués par la seule communauté des Xanthiens. Cette différence de destination explique en grande partie les différences morphologiques entre les deux édifices.
Turquie, acropole, tombes, Rome
 
Le Nymphée du Létôon Balland (A.) Pages 56-57

Dans le récit de la métamorphose en grenouilles des paysans de Lycie qu’Ovide, s’inspirant de sources hellénistiques (Ménékratès ?), offre au Livre VI de ses Métamorphoses, un lacus (bassin) alimenté par une source joue un rôle fondamental : il est lieu et instrument du châtiment. C’est là, transposée, une donnée majeure de l’histoire du site, que la fiction poétique n’a nullement inventée. Car c’est bien autour d’un plan d’eau – dont l’aspect a dû varier avec les époques – que s’organise, au sud-ouest de la façade du temple de Létô (A), sur un espace d’environ 40 m x 40 m, un ensemble monumental dit “le Nymphée”.
Turquie
 
Anciennes et nouvelles inscriptions d'époque impériale au Létôon Balland (A.) Pages 58-61

Sanctuaire fédéral de l’ethnos des Lyciens en même temps que sanctuaire des divinités protectrices de Xanthos, le Létôon fournissait un lieu privilégié pour l’affichage des documents officiels, en particulier honorifiques, et pour l’érection de statues ; aussi ne saurait-on s’étonner du nombre assez considérable d’inscriptions qu’a livrées le site.
Turquie, sanctuaire, inscriptions
 
La Lycie à l'époque byzantine Sodini (J.-P.) Pages 62-63

La Lycie devint chrétienne progressivement. En 311-312, une inscription d’Arycanda, protestant contre les troubles causés par les chrétiens, montre peut-être que le paganisme est alors majoritaire. Certaines élites lyciennes sont encore païennes vers la fin du IVe s. comme le célèbre Tatianos, préfet du prétoire d’Orient sous Théodose Ier de 388 à 392, date à laquelle son fils est exécuté et lui-même renvoyé en Lycie (il était originaire de Sidyma). Plus tard encore, au VIe s., nous voyons l’abbé du couvent de la Sainte-Sion, un autre saint Nicolas, dans les montagnes au nord de Myra (sans doute le site de Karabel), parcourir les villages, abattre les arbres sacrés et convertir les paysans. Mais en même temps les églises et les couvents s’élèvent en grand nombre dans les villes (Tlos, Pinara, Sidyma, Patara, Xanthos, Myra, Limyra, Andriakè, Phaselis), dans les îles (Makri, Karacaören, Gemile, plus anciennement Saint-Nicolas, Megiste, actuellement Catellorizo, Kekova, dans l’antiquité Dolichiste) et dans les villages de montagne.
Turquie, édifices religieux, forteresses
 
Les maisons de l'acropole lycienne Manière-Lévêque (A.-M.) Pages 64-73

Surplombant la ville, l’acropole lycienne de Xanthos renferme plusieurs édifices remarquables des Ve-VIIe siècles et d’époque byzantine. Véritables résidences particulières, ces bâtiments se caractérisent par la grande qualité de leur construction et l’étonnante complexité de leur réseau de canalisation témoignant, pour cette période, de la puissance et de la capacité qu’a l’autorité politique dont dépend la région à faire respecter sa volonté.
Turquie, maison romaine, Méléagre et Atalante, forteresse byzantine
 
Les églises de Xanthos Sodini (J.-P.) Pages 74-79

Les églises de Xanthos ont été localisées par P. Demargne lorsqu’il a fait lever le premier plan topographique du site. Un premier édifice a été partiellement dégagé (abside et colonnades) sur le côté ouest du grand cardo qui commence au sud au-dessus du Monument des Néréides et monte en direction de l’Acropole romaine. Sur la même voie, mais ouvrant sur son côté est et près de son aboutissement sud, la grande basilique orientale. Au sommet de l’acropole dite romaine, un grand sanctuaire de pèlerinage. Enfin, occupant tout le flanc nord de l’Agora et une partie de ses côtés est et ouest, un ensemble ecclésial en cours de dégagement dont seule une petite basilique annexe était jusqu’alors connue. Sur ces quatre édifices, les relevés et fouilles entrepris depuis les travaux de MM. Demargne et Metzger ont apporté beaucoup de neuf.
Turquie, pélerinage, acropole, basilique
 
Les pavements de la basilique épiscopale Raynaud (M.-P.) Pages 80-85

La basilique épiscopale de Xanthos, appelée également basilique orientale, était décorée de mosaïques, alternant avec des dallages en marbre (opus sectile). Ces deux techniques décoratives témoignent d’un savoir-faire remarquable détenu par différentes équipes de mosaïstes et de paveurs et d’une grande habileté à jouer avec les couleurs.
Turquie, mosaïque, opus sectile, conservation
 
Xanthos, de la Perse à Byzance Les Etrusques

 
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